Turbulence

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16/20
Nom du groupe Alitsh
Nom de l'album Turbulence
Type EP
Date de parution 27 Avril 2021
Style MusicalRock
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 Salvation
 01:25
2.
 Open Your Eyes
 04:20
3.
 Love
 03:58
4.
 Prince of Persia
 04:02
5.
 Downfall
 02:18
6.
 Back to Zero
 05:53

Durée totale : 21:56

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Alitsh


Chronique @ JeanEdernDesecrator

27 Avril 2021

Un voyage instrumental et cinématographique en contrées lointaines

De nos jours, avec l'essor de la MAO (Musique Assitée par Ordianteur), n'importe qui peut créer la musique qu'il souhaite, avec un peu d'imagination, de méthode et de persévérance, en jouant au légos avec des boucles sonores. Le talent, la pratique de plusieurs instruments, de solides connaissances musicales, et une expérience avec un groupe étant devenus un simple bonus, alors qu'il fût un temps ou cela était un prérequis indispensable. Il se trouve qu'Alitsh, artiste franco-algérien basé à Paris, a eu la sagesse de commencer dans l'ordre, à bétonner ces précieuses bases de prérequis pas si dispensables, avant de se lancer dans la mise en ondes (comme on dit à France Culture, petit doigt en l'air) de sa musique.
Il est aussi bassiste dans le groupe de rock heavy Redshift, avec lequel il a fait une quarantaine de concerts et enregistré un très bon premier album, dont le successeur devrait arriver assez vite. Avec la basse comme instrument de prédilection, cela lui fait une singularité bien intéressante pour se démarquer du tout venant. Il pratique aussi sérieusement la guitare depuis de nombreuses années, mais il s'est diversifié pour faire le plus de choses possible lui-même. Combien de guitaristes ou bassistes se décident à prendre les baguettes pour voir comment ça fait d'être derrière les fûts ? Il l'a fait et c'est un signe de curiosité musicale. De plus, là où la plupart se jettent dans la MAO en binge-matant des tutos sur Tutube, il a suivi une vraie formation sur le DAW (Digital Audio Workstation) qu'il utilise, Ableton.

Muni de ce confortable bagage musical, le multi-instrumentiste a sorti un premier EP "Chasing Lights" en 2020, melting-pot audacieux et totalement instrumental de hard, funk, rock et musique électronique. Si le disque présentait pas mal de défauts de jeunesse, on sentait une curiosité d'aborder des univers variés, une facilité certaine à mélanger les genres et déjà une personnalité bien affirmée. L'artiste a aussi pris soin de réaliser des clips scénarisés pour certains de ses morceaux "The Bridge" pour le premier EP, et "Downfall" pour le suivant.

Ayant un rythme de travail plus adapté au format court, Alitsh a néanmoins vite mis en route un deuxième disque, avec l'envie de partir d'une base rock et d'expérimenter vers d'autres styles. Voici donc le résultat de ces recherches de sonorités, un EP auto-produit de six titres, "Turbulences", qui sort le 27 avril 2021.

Des nombreuses pistes esquissées sur son premier disque, il a décidé de suivre celle d'une musique rock instrumentale contemplative, avec de nombreuses influences et une approche cinématographique. Des plages de guitares éthérées et de synthés atmosphériques posent le décor, comme le morceau d'introduction "Salvation", ou les arpèges subtils du début de "Love". On se rapproche un peu des musiques de film, des jeux vidéo ou des génériques de séries ("Downfall", avec ses gros toms ses claviers, m'a rappelé un peu celui de Games Of Thrones), ce qui est assez bien vu pour de l'instrumental. Puisqu'on parle de jeu vidéo, l'intro de "Back to Zero", avec sa basse rampante comme un tank Sherman, me fait penser à l'iconique musique qui a bercé mes parties de Command And Conquer, pionnier des STR (jeux de Stratégie en Temps Réel) dans les années 90. D'ailleurs, le thème de ce dernier n'est pas si éloigné, à savoir les révolutions qui ont traversé le moyen orient, avec des samples d'ambiances de manifestations.

Sur la qualité de composition, Alitsh est passé à un niveau supérieur, avec une vraie progression dans les morceaux, des arrangements savamment agencés. Les influences et genres musicaux sont aussi mieux digérés, et une vraie patte personnelle, aisément reconnaissable qui se dégage. Ainsi, les mélanges d'accords sont très singuliers, particulièrement sur "Prince of Persia", où des guitares rock voire même assez heavy viennent apporter du relief à une oasis luxuriante de mélodies orientales. Aussi, l'ajout de percussions comme de la darbouka qu'il a joué et enregistré lui-même, ajoute une dynamique plus vivante à ce morceau. C'est le point culminant de l'EP, où on voit où le potentiel d'Alitsh peut l'amener.

La guitare prend une place importante, on est bien dans un univers rock. Elle est expressive, bien intégrée au reste de la musique, et donnant parfois un air du Pink Floyd de "The Wall" ("Downfall", "Love"). La saturation est très présente, avec des guitares rythmiques saccadées ("Prince of Persia"), des notes entêtantes qui tournent en boucle, ou même des dissonances noisy ("Back to Zero"). Coté soli, Alitsh a privilégié plutôt des petits chorus, ou des soli courts, comme celui très réussi de "Open Your Eyes", où on mesure ses progrès en musicalité depuis ceux de son premier EP.
Les synthétiseurs sont utilisés en nappes diffuses, par petites touches ou en gimmick un peu années 80 ("Back to Zero").
Coté batterie, presque tout a été programmé, à l'exception de "Love" où les rythmiques ont été faites avec des baguettes. C'est épuré, pour s'adapter à la musique, voire synthétique, comme sur "Back to Zero" où les patterns renforcent le coté angoissant et implacable de la ligne de basse. Parfois heureusement, la batterie ne se contente pas de suivre et prend le dessus comme cette rythmique presque tribale indus, qui booste certains passages de "Prince of Persia".
Si le disque est instrumental, la chanteuse Allivm a été invitée à poser des chœurs sur "Love" qui lui donnent encore plus d'emphase.

La qualité de la production a monté d'un cran, avec des instruments plus glués ensemble, comme on dit dans le milieu. La chose n'est pas aisée vu le nombre de pistes différentes qu'on devine très important. C'est encore un peu inégal coté mix suivant les morceaux ("Open Your Eyes" est moins équilibré, mais on y reviendra plus tard), et c'est le terrain sur lequel notre bidouilleur de sons a le plus de marge de progression.

Globalement, le tableau de ce deuxième disque est bien plus réussi que le premier, mais tout n'y est pas parfait, bien sûr. Paradoxalement, ce qui me manque sur cet EP, c'est l'instrument de prédilection d'Alitsh : la basse. Tous les autres instruments passent par-dessus, à l'exception du morceau "Back to Zero" mentionné plus haut (oui la basse de tank). C'est un peu dommage, sachant que l'artiste manie avec dextérité la quatre ou cinq cordes, j'aurais voulu l'avoir très présente, mise en valeur, sinon au premier plan. En écoutant un nouveau Red Hot Chili Peppers, un nouveau Primus, on attend, la bave aux lèvres, le retour de la vengeance du bassiste ! Et coté grosses cordes, je dois avouer que je reste un peu sur ma faim.
Mon autre réserve est plus personnelle et concerne le morceau "Open Your Eyes", hard fusion assez pêchu avec un riff astucieux alliant tapping et harmoniques, un poil binaire rythmiquement et un peu fourre-tout, que j'aurais plus vu sur son premier EP. Il jure un peu avec le reste du disque à mes oreilles, d'autant plus qu'il est en deuxième position. On pourrait même dire qu'il met la zizanie, en brouillant la vision de l'ambiance générale. D'ailleurs, j'ai fait ici une chose que je ne fais jamais d'ordinaire, et qui pourrait être considéré comme lèse-majesté envers la toute puissance du créateur : je me suis amusé changer l'ordre des morceaux, et à écouter l'EP en mettant "Open Your Eyes" à la fin. Le disque prend alors une toute autre allure, comme s'il racontait une histoire assez cinématographique, en terminant par un clin d'œil à son premier EP avec "Open Your Eyes". Mais bon, le tracklisting est une science difficile à appréhender, d'autant plus qu'elle est hautement subjective, et l'artiste à toujours le dernier mot, puisque ce doit être le plus satisfait de sa création.

Avec ce deuxième EP, plus expérimental, il semble qu'Alitsh ait d'ores et déjà trouvé sa voie, en s'orientant vers une musique plus imagée, où les instruments sont au service du pouvoir d'évocation. Avec ses multiples influences culturelles, sa versatilité instrumentale, son coté touche à tout et sa curiosité, il ne lui manque plus qu'un peu de recul pour assoir ses choix et canaliser tous les aspects dans la même direction, ainsi que de finesse et de perfectionnisme dans le polissage du son. Je me dis aussi, qu'en étant un peu ambitieux artistiquement, vu ce qu'il est capable de faire sur un titre comme "Prince of Persia", il y aurait de quoi, soyons fous, faire un album passionnant et nous faire voyager sans frontières…

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