C’est le 24 août 1981 que sort ce “Tatoo You”, album du groupe qui s’avère surtout être un petit miracle au vue la situation trouble dans laquelle le groupe, et singulièrement ses deux stars (Mick et Keith), (sur)nage à cette époque.
En effet, en ce début de décennie, les relations entre Keith et Mick sont au plus mal. Outre leurs attraits pour les paradis poudreux, fumeux, seringués ou enivrants, les deux compères ne se parlent pratiquement plus et enregistreront même séparément leurs pistes musicales. Quant à
Ron Wood, il n’est pas en reste et est de nouveau (re)plongé dans l’enfer d’addictions les plus diverses.
Mais il y a un problème : une tournée mondiale est déjà prévue pour 1981-82, et il est inenvisageable de lancer celle-ci sans album très récent à défendre. Alors,
Chris Kimsey, leur ingénieur du son a une idée simple, mais tout à fait géniale et surtout réalisable dans un bref délai ; il va tout simplement fouiller dans les innombrables archives que groupe a accumulées depuis 7-8 ans afin d’en extirper ce qu’il juge exploitable. Il va donc remonter le temps jusqu’en 1972/1973, date des sessions de “
Goats Head Soup” et ramener de son exploration une dizaine de titres qu’il va soumettre au groupe en vue d’une relecture actualisée sous la houlette de Bob Clearmoutain qui n’est pas un manchot en matière d’arrangements musicaux.
C’est la raison pour laquelle on retrouve sur cet album aussi bien
Ron Wood que Mick Taylor à la guitare.
L’album démarre sur les chapeaux de roues avec le fantastique “
Start Me Up”, une entrée en matière très accrocheuse et hautement rock pour un titre pourtant rejeté (dans une version originale reggae) une première fois lors des sessions de “
Black and Blue” et même une deuxième fois pour celles de “
Some Girls”. “Star Me Up” est un instantané percutant, un pur produit stonien qui deviendra bien sûr le fer de lance des Stones lors de leur prochaine tournée, et des suivantes également. D’une façon étonnante, toute la première face du LP est rythmée et rock en diable, tandis que la deuxième face se la joue beaucoup plus mélancolique, plus langoureuse et plus cool aussi.
Le deuxième morceau “Hang Fire” extrait des chutes de “
Some Girls” (Et aussi recalé sur celles d’ “
Emotional Rescue”) est encore un rock du tonnerre, tout comme l’est également “Neighbours” (aussi de “
Emotional Rescue”). Un cran plus bas et bien moins accrocheur “Little T & A” chanté par Keith Richard est honnête sans plus. “Black
Limousine”, un rescapé des sessions de “
Some Girls” est co-écrit par les Glimmer Twins et
Ron Wood, c’est un bon blues-rock dont je ne comprends pas pourquoi il fut écarté de l’album de 1978 tant ses qualités sont évidentes. Sur la face A figure aussi un titre assez déstabilisant, c’est le plaintif “Slave” (Rejeté de “
Black and Blue”) dans lequel
Mick Jagger utilise sa voix de falsetto pas toujours très agréable, à la limite énervante sur une mélopée pauvre au niveau des paroles (“I Wanna Be Your Slave” est répété un nombre incalculable de fois) saupoudrée de curieux et incongrus “Wap Doo Wap”.
Ce titre est toutefois un tant soit peu sublimé par un solo de sax de Sonny Rollins.
Après avoir retourné le vinyle, votre saphir vous emmènera dans des paysages musicaux bien plus calmes. Cela commence avec “Worried About You”, un très bon morceau mid-tempo (Sessions de “
Black and Blue”) sur lequel
Mick Jagger nous refait son coup du falsetto sur une partie de piano de Billy Preston du meilleur aloi. A noter que sur ce titre, c’est Wayne Perkins qui joue de la guitare, c’est en effet lui qui a assuré l’intérim en 1975 entre le départ de Mick Taylor et l’arrivée de
Ron Wood lors des sessions de “
Black and Blue”. Sonny Rollins se fend de nouveau d’un superbe solo de sax sur ce titre. Les trois titres suivants : “Tops” (de “
Goats Head Soup”), “Heaven” (de “
Emotional Rescue”) et “No Use in Crying” (de “
Emotional Rescue”) sont, à mon avis, les plus faibles de l’album et leur lignée pop acidulée avec "
Emotional Rescue" est prègnante. A mettre en avant
Ron Wood a participé à l’écriture du dernier cité.
Le LP se clôture avec le très bon “
Waiting on a Friend”, autre grand succès de l’album, qui est une balade éthérée soutenue encore une fois par le sax de Sonny Rollins décidément bien inspiré pour cette collaboration avec les Stones. Sur ce titre, ressorti des tiroirs des sessions de 1972 on peut évidemment entendre Mick Taylor à la guitare et même furtivement Ian Stewart au piano.
C’est donc sur ce titre que se termine l’album “Tatoo You”; album improbable, fait de fonds de tiroir délaissés à l’époque et qui, remaniés et réarrangés par Bob Clearmountain feront de cet album, le probablement dernier grand album des Stones. Cet album aura un grand succès mondial, il s’en vendra plus de 4.000.000 de copies; il sera n° 1 aux U.S.A et dans de nombreux autres pays, en U.K., il plafonnera à la deuxième place des charts. Ce LP remettra les Stones sur orbite, même si les tensions et les égos persisteront entre Keith et Mick, même si les deux albums suivants seront calamiteux, cet opus démontre que les Stones restent certainement un des meilleurs groupes de rocks au monde, si pas le meilleur.
Superbe chronique mon ami. J'aime bien les Stones, sans en connaitre la véritable histoire. Grace à toi, ce manque est comblé de la plus instructive des manières. Continue de la sorte, je suis preneur. Amicallement. Michel.
Excellente chronique, j'ai découvert les Stones avec ce disque j'avais 11 ans et ma foi, j'ignorai le contexte, comme quoi on continue de s'instruire à tout age.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire