Difficile d'imaginer de faire se rencontrer des artistes que tout semble autant opposer : d'un côté Chat
Pile et son sludge post hardcore cradingue taillé à la hache, et de l'autre côté Hayden Pedigo, incarnant le renouveau iconoclaste et roots du folk américain. Si ce n'est qu'ils iraient l'un comme l'autre parfaitement dans le décor d'un rade au bord d'une route délaissée par les trucks, d'Ammarillo au
Texas pour Hayden Pedigo, et d'Oklahoma
City en Pennsylvanie pour Chat
Pile.
La rencontre improbable s'est faite à l'initiative d'Hayden, fan du groupe, et tout le monde s'est réuni dans un bar d'Oklahoma
City. L'idée originale était de faire un single ensemble, mais les Chat
Pile ont proposé de faire un album entier !
La genèse s'est faite en jammant en répétition, laissant les doigts faire les choses, et en travaillant ce qui avait l'air de fonctionner. Certaines chansons de l'album, "Inside" et "Outside", ont été captés sur cette session.
L'album a été enregistré et mixé par Chat
Pile et Hayden Pedigo entre 2024 et 2025, et masterisé par Magnus Lindberg. "
In the Earth Again" est paru le 31 octobre chez The Flenser, avec en artwork une peinture de Malcolm Byers.
La musique d'Hayden Pedigo étant à la base purement instrumentale, une bonne part des chansons l'est aussi, à commencer par le début de l'opus. Une introduction en deux temps, avec "Outside", où on reconnaît son toucher en finger picking si singulier sur les arpèges candides et complexes. Puis sur "Demon Time", il est rejoint par les autres musiciens. On entend le bourdonnement tenu des amplis lorsque les notes s'évanouissent, la clarté nostalgique des notes d'Hayden est menacée par la saturation brute de la basse et de la guitare de Chat
Pile.
Le mélange entre les deux univers s'opère ensuite sur "Never Say Die", avec en sus la voix déchirée de désespoir rauque du frontman de Chat
Pile, en simple duo guitare voix entouré de quelques arrangements sur le très beau "The Magic of the World", et plus loin sur "Radioactive Dreams", où règne une atmosphère étrange, la voix de Raygun y est plus traînante que jamais, singeant des effluves de clope et de bourbon.
Au milieu, au beau milieu du disque, Chat
Pile écrabouille presque tout l'espace disponible dans un déchaînement de lourdeur saturée de rouille industrielle, où on devine juste des petites textures plus douces en surface, sur le court "Fission/Fusion", puis le long "Matador". Le batterie, dont la colonne vertébrale décharnée subsiste à la fin de "Matador", ressemble tout à fait à un beat de Godflesh.
On a donc un disque à mi-chemin entre le split et la vraie collaboration, avec une dominante de guitare folk dépouillée et nostalgique chère à Hayden Pedigo, parfois rejointe par la voix de Raygun ; coupé net par deux gros pavés sales de noirceur écrasante de Chat
Pile , et quelques titres où le mélange des deux est plus profond. Et c'est justement là que j'attendais nos artistes maudits, d'où un goût d'inachevé. En effet, la complicité entre eux est certaine, même si elle est exprimée de manière pudique, si j'ose dire. Mais cet avant goût me donne franchement envie que la collaboration s'approfondisse... sur un deuxième album.
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