Fin 1978, Le punk est à la ramasse et la new wave se prépare un bel avenir.
C’est pourtant à cette époque, et plus particulièrement le 07/10/1978 que sort en Angleterre ce “
Dire Straits” de
Dire Straits (Expression qui signifie “désargenté”, “être dans la dèche”). Et pour cause, les membres qui composent ce groupe ont du mal à boucler leurs fins de mois et plus encore, peinent à réunir les 120 £ nécessaires à la création d’une maquette à présenter à une firme de disques. Ce sera donc avec un budget ultra limité qu’un mini album démo sera réalisé à la mitan 1977. Sur ce E.P. 5 titres, figurent notamment “
Sultans of Swing” dans une version primaire et non aboutie, “Down to the Water Line” et 3 autres titres dont deux seront retenus pour le futur L.P. (Une composition de David Knopfler ne sera par contre par retenue). Un D.J. de Radio
London reçoit la démo et la matraque tous les soirs dans son émission. Phonogram, firme de disque renommée, contacte alors celui-ci afin de faire signer à
Dire Straits un contrat portant sur 5 albums à venir. Phonogram pousse alors le groupe à réenregistrer “
Sultans of Swing” pour une version single internationale qui cartonnera un peu partout dans le monde anglophone, sauf ... en U.K.
Le succès du single permettra alors au groupe la réalisation d’un album complet qui verra enfin le succès arriver dans le propre pays de ce dernier.
Le groupe est composé des deux frères Knopfler (Guitare lead pour Mark et rythmique pour David), de John Illsley (Basse) et du batteur Pick Withers. C’est
Mark Knopfler qui assure la composition intégrale (paroles et musiques des 9 titres du LP). Mark, c’est un peu l’intello du groupe, lui qui était journaliste, puis professeur avant l’aventure
Dire Straits. Un peu à l’instar de Ray Davis (
The Kinks),
Mark Knopfler dépeint dans ses chansons, l’atmosphère du Londres où il a passé sa jeunesse. C’est aussi lui qui est la voix du groupe et sa patte de guitariste est reconnaissable entre toutes ; si ce n’est pas (encore) un guitare-héro, c’est un guitariste particulier qui joue au doigté, sans médiator (fingerpicking), ce qui donne une tonalité légèrement cool, tranquille, malgré des solos tranchants. Le style de rock que joue le groupe se rapproche assez fort de celui de J.J. Cale (Laid-back), mais un J.J. Cale qui aurait pris une demi-dose de taurine. Certains qualifient ce style de Pub rock, pour sa simplicité (en opposition au prog rock beaucoup plus cérébral).
J’ai découvert cet album sur RTL Longues Ondes dans une émission animée le dimanche après-midi par J.B. Hebey, j’ai été littéralement séduit par les deux titres diffusés (les deux premiers de l’album ; à savoir “Down to the Waterline” et “
Water of Love”). L’ambiance cool, paisible et calme m’a immédiatement scotché et je me suis précipité, dès le mardi (fermeture du lundi oblige), pour acquérir le L.P. tant l’écoute de ses deux premiers titres, m’avait emballée.
Sur cet album, il y a 9 titres pour autant de perles ! Tous les titres, du premier au dernier sont de petits bijoux musicaux ciselés finement.
Ça démarre en douceur avec les deux titres déjà mentionnés plus avant ; une ambiance très particulière émane de ceux-ci ; assez indéfinissable, on a l’impression d’être plongé dans une brume apaisante, une bulle de sérénité bravant le boucan du dehors. A mon humble avis, les quelques premières notes de guitare introduisant l’album, auraient très bien pu être jouées par Mr.
David Gilmour lui-même ! C’est dire la qualité de l’intro. Et que penser de la substance des deux morceaux ? Du bon, du super bon rock atypique pour l’époque avec une très bonne rythmique sublimée par les solos aériens de
Mark Knopfler. A eux seuls, ces deux morceaux justifient déjà l’achat de l’album. Le troisième titre “Setting Me Up” est un peu plus enlevé et on y remarquera la place prépondérante de la batterie de Pick Withers, bien soutenue par la basse ronronnante de John Illsley et la rythmique impeccable de D. Knopfler. Le tempo retombe un peu avec les deux titres suivants : “Six Blade Knife” et “Soutbound Again” qui nous ramènent dans la ouateuse ambiance Laid-back du début du disque. A noter que “Six Blade Knifes” apparaîtra en 1995 sur la B.O. du Film “Desperados” de Robert Rodriguez.
Et voici qu’arrive, en ouverture de la face B, le fameux “
Sultans of Swing” dont je vous ai déjà entretenu plus avant. Ce morceau nous raconte simplement l’histoire authentique d’un groupe de musiciens qui joue son jazz pépère dans un pub à moitié vide, où les consommateurs sont plus préoccupés par l'amusement que par la musique, sauf Mark bien sûr. A la fin du set, un des musiciens du groupe “jazzeux” annonce en rigolant “Goodnight, now it’s time to go home, we are the
Sultans of Swing”. Mark retiendra la locution et saura en tirer le meilleur parti. Le morceau est un tantinet bluesy, un peu country aussi mais foutrement bien roulé et entraînant à souhait. Mark se coupant d’ailleurs de deux superbes solos. A noter que l’un des musiciens du groupe en question se trouve être George Young (producteur et frère des Young de
AC-DC, mais aussi membre des Easybeat et de
Flash & the Pan) ; il apparaît dans le morceau sous le pseudonyme de “Guitar George”.
Après l’adrénaline provoquée par le nerveux, mais néanmoins mélodique “
Sultans of Swing”, la tension retombe avec les trois derniers morceaux du LP. “In the Gallery”, “Wild West End” et “Lions” sont des rivières musicales apaisées; de temps en temps, un écueil agite l’eau calme et provoque un rapide. Ce sont des morceaux qui portent à merveille la marque de fabrique du groupe : un rock harmonieux, tout en retenue, ciselé, sérieux, sans être ennuyant ; une élégante nonchalance, une désinvolture calculée alliées à la technique et au phrasé particulier de
Mark Knopfler qui hésite entre récit et chant, superbement soutenus et portés par les trois autres membres. Cette musique est d’une fluidité incroyable ; elle enveloppe l’auditeur dans des limbes musicales éthérées provoquant une espèce de flottement indéfinissable.
Tombé comme un pavé dans la marre punkoïde finissante de 1978, “
Dire Straits”, réalisé avec la modique somme de 12.500 £. aura un retentissement incroyable dans le monde du rock. L'album sera n° 2 aux States, 8 en U.K. et 1 en France. A ce jour on estime ses ventes à +/- 11 millions d’unités. Il lancera la carrière de “
Dire Straits” (le groupe), qui deviendra l’un des fleurons du rock des années 80’.
Si vous ne connaissez
Dire Straits que par ses énormes succès, réécoutez donc leur premier album, c’est déjà plus qu’un album de révélation, c’est pratiquement déjà un album de consécration.
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