DHT06 : 16/20 | Comme REM a habitué son auditoire, jusqu’ici, à annoncer la couleur, on se dit, à l’écoute de la section rythmique lourde de « Begin the Begin », renforcée par la distorsion constante de la guitare rythmique, que « Lifes Rich Pageant » sera l’album de REM le plus proche du hard rock et du heavy metal, sans trop en faire toutefois, dans la mesure où l’on sait aussi que REM prend soin d’éviter la caricature. Il faut entendre par là que si REM avait été un groUpe de metal, il aurait fait franchement du metal. Mais comme ce n’est pas le cas, quand il s’en rapproche, il le fait à sa façon, avec subtilité donc. Il n’en demeure pas moins que cette première impression se confirme à l’écoute du rock rapide et de la voix toujours à la limite du cri de « These Days ». Même « Fall on Me », plus acoustique, conserve un son chargé, plus intense par moments et non dénué de distorsion. « Cuyahoga », par contre, correspond à l’identité générale du groUpe mais, du fait de son relatif dépouillement instrumental, accorde une place plus importante aux chœurs qu’à la distorsion de la guitare. « Hyena », vif comme l’éclair, n’a pas non plus un son hard à proprement parler, ni rien qui y ressemble. L’un de ses traits les plus marquants relève davantage d’une consonance plus appuyée que dans les titres précédents. Quant au bref instrumental « Underneath the Bunker », sa latinité évidente, du coUp, semble contribuer à une atmosphère de western contrastée, narrative, mettant en scène différentes origines ethniques sur une même toile de fond. L’extrême douceur de « The Flowers of Guatemala », du moins pendant les deux premières minutes, plaide en faveur de cette idée de variation sur un même thème. Mais quel thème ? Le thème du groUpe, tout simplement. Conscient de l’homogénéité de ses productions, REM se risque à introduire des couleurs différentes dans un temps rapproché, élan créatif auquel nous invitent également la saveur country et l’harmonica de « I Believe ». « What If We Give It Away », à l’avenant, joue la carte de la clarté ambiante précédant quelques poussées de fièvre. Il faut attendre « Just a Touch » pour retrouver le hard du début. La belle méditation folk de « Swan H » et l’entrain héroïque de « Superman » nous indiquent que, au final, REM n’a pas annoncé la couleur cette fois-ci. Mais, des quatre premiers albums, « Lifes Rich Pageant » demeure quand même le plus rock, et son hétérogénéité, somme toute raisonnable, fonctionne très bien.
D. H. T. 2017-10-17 17:19:44
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