Kovalsky51 : 19/20 | En art, il existe une très mince frontière séparant l'incommensurable talent du génie, limite abstraite et pourtant très rarement traversée. En musique, peu d'albums arrivent à vous emporter vraiment ailleurs, et à modifier la perception que vous avez de ce qui vous entoure le temps d'une écoute. Et pourtant, en 1967, un dénommé Lou Reed et sa clique réussirent à composer ce qui, à mon humble avis, restera pour la postérité une des expérience musicales les plus transcendantes de l'histoire du rock. Car, sous cette géniallissime pochette, à la fois sobre et complètement barrée signée Andy Warhol, se cache un diamant à l'état brut ne demandant qu'à vous emporter au pays des songes. D'ailleurs, ce n'est sans doute pas pour rien que des rumeurs selon lesquelles la colle qui fixait la Banane sur les éditions vinyles aurait contenu du LSD (et qui circulent toujours). Cet album est une drogue violente de laquelle retirer toute addiction est à peu près aussi réalisable que de se lécher le coude. The Velvet Underground and Nico ou quand la musique devient véritablement addictive.
Dès les premiers sons de "Sunday Morning", rappelant fortement ces boîtes à bijoux musicales, on bascule dans une dimension parallèle. Tout ce qui nous entoure parait d'un seul coup éthéré, adouci (et ce, sans usage de drogues, je tiens à le préciser). Telle une douce caresse, la mélodie vous renverse les tripes et vous ôte de l'esprit toute idée de violence ou d'agression. Notre esprit se vide peu à peu pour nous permettre de ressentir toute l'étendue du génie musical qui est dispersé au fil des chansons. D'écoutes en écoutes, j'en suis venu à la conclusion que l'expérience musicale offerte par ce disque est assez similaire à l'évolution d'une attirance jusqu'à un amour profond. On passe d'un sentiment à un autre de notes en notes, nos tripes se retournent à chaque changement de rythme. Plus que de la musique, cet album délivre une véritable expérience sensorielle qui n'a, à ma connaissance, laissé personne indifférent. On fusionne avec la musique sans jamais avoir envie que cette dernière ne se termine (le bouton "repeat" étant un bon moyen de prolonger un peu plus la symbiose).
Le son est à la fois sale (mais pas crade non plus) et aérien, passant de moments doux et reposants à des accélérations où les guitares saturent, pour quelques secondes plus tard redevenir fluides et douces. A ce titre, je vais quelque peu m'apesantir sur la pièce maitresse de l'album : le morceau nommé "Héroïn", ce dernier témoignant à lui tout seul du génie musical dont le groupe fit preuve. La structure de ce dernier imite les effet ressentis lors de la prise de l'illicite substance lui donnant son titre (je tiens à rassurer les lecteurs, je n'en ai jamais pris, mais il parait que ça fait comme ça...). En clair, la musique mime chacune des étapes de m'absorbtion du produit jusqu'au moment où le consommateur se retrouve tel une larve à se lamenter. Ainsi, le morceau commence de façon calme, puis accélère pour illustrer la montée vers un état second, se calme, puis ré-accélère et se termine avec des sons aigus et dissonants de violon, montrant le malaise ressenti lorsque le produit ne fait plus effet. Ce morceau réussit l'exploit de vous vider complètement de toute substance une fois terminé. Puis, sans prévenir, la chanson suivante arrive avec son rythme plus rapide et ses sonorités joyeuses et inverse complètement vos ressentis.
Car là est véritablement la force de cet album : faire passer l'auditeur par toute sorte d'état et ce, d'une manière si naturelle qu'on ne s'en rend pas forcément compte aux premières écoutes. Les instrumentations sont toutes plus fouillées et magnifiques les unes que les autres, et le tout semble homogène au point qu'aucun instrument ne prend le dessus sur les autres. Tous s'entendent clairement mais semblent pourtant n'êtres qu'un seul bloc fusionnel. Il en va de même pour le chant qui apparait ici véritablement comme un instrument supplémentaire que comme un élément mis plus en avant. Tout est doux, homogène, mais n'est jamais uniforme. Le travail de production est tout simplement magistral et fait partie des plus bluffants qui m'aient été donnés d'entendre. Le son n'a nullement vieilli et chacune des écoutes semble être la première tant le tout est riche et fourmillant de détails.
Bref cet album reste pour moi une des choses plus marquantes qui soient arrivées à mes tympans et serait sans doute un de mes premiers choix si je ne devais garder que 10 des albums que je possède. En un mot comme en cent : fantastique. Par la suite, le groupe poussera encore plus loin la formule, mais leur première oeuvre reste sans conteste ma préférée. Un album à écouter au moins une fois dans sa vie et qui devrait marquer de nombreuses personnes.
Ah oui, le mot de la fin : si tu as, toi aussi tenté, de te lécher le coude et a juste réussi à choper un torticolis, c'est que mon vil attrape-couillons présent plus haut a fonctionné...
2009-08-17 00:00:00
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