THE CURE
SEVENTEEN SECONDS (Album)
1980, Polydor / Fiction Records




Scoss : 19/20
1980, le début d'une histoire. Voilà à peine 2 ans que The Cure a commencé à sortir des albums et le groupe entame déjà un virage important dans sa toute jeune carrière.
En effet, le groupe délaisse le post-punk innocent des débuts et entame une véritable mue musicale et spirituelle. The Cure entre dans son âge d'or artistique mais également dans sa période la plus sombre et torturée qui accouchera d'une trilogie constituée de Seventeen Seconds, Faith et l'apocalyptique Pornography.

Seventeen Seconds est donc le premier acte de cette trilogie glaciale et annonce les prémices des albums suivants. Si The Cure avait déjà quelque peu défini son son avec Three Imaginary Boys et Boys Don't Cry, rien ne laissait présager une telle transformation.
Plus aucune trace de Punk, ici les guitares n'impriment plus le rythme mais distillent des mélodies éthérées résonnant comme un écho cristallin derrière une basse réverbérée et une batterie répétitive. Robert Smith semble vouloir se cacher à tout prix, s'il y a quelques morceaux chantés (Play for Today et M, qui restent légèrement Pop), la voix de Robert Smith se fond généralement avec les instruments dans un lointain echo (A Forest, Secrets).
Le groupe étale ses doutes sur lui même et le monde qui l'entoure. The Cure semble s'asphyxier lentement à l'image du morceau final avec son ambiance étouffée et aliénante où la batterie continue à marteler le rythme après la fin du morceau comme pour annoncer la suite à venir.

The Cure venait de créer la Cold Wave et entamait alors en cette année 1980, un suicide de trois ans...

2009-04-24 00:00:00


DHT06 : 18/20
Ils avaient déjà compris, lors de « Three Imaginary Boys », que quelques notes suffisaient parfois pour marquer les mémoires. Ainsi, on pouvait deviner toute une histoire dans « Subway Song ». Avec « Seventeen Seconds », The Cure part explorer ses propres souterrains, et l’instrumental « A Reflection », en l’espace de deux minutes, se montre tantôt dissonant, tantôt monotone, traçant ainsi les grands contours d’un album clair et obscur, entre new wave et Cold wave. La monotonie qui définit le son new wave, une monotonie particulière, chargée de subjectivité, traduisant l’émotion par le biais des intonations dans la plus grande économie de moyens, en cela fidèle à un tempérament réservé, nordique, se manifeste aussi bien dans l’énergie encore punk de « Play for Today » que dans la tiédeur de « M », aux accents inconscients de tristesse et de réconfort. La dissonance minimaliste de la Cold wave, répétitive, souvent en accord avec la mécanique désincarnée de la boîte à rythme, s’empare des plus mystérieux « Secrets », « Three », « At Night », bien sûr, mais aussi du thème sinistre et discordant de « The Final Sound », semblable aux dernières bribes sonores entendues juste avant de rendre l’âme. Entre les deux, il y a « In Your House », « Seventeen Seconds » et surtout « A Forest ». Ce titre évoque le piège, la perte de soi, l'occasion manquée, la frustration, le désespoir, le point de non-retour : « Suddenly I stop, but I know it's too late, I'm lost in A Forest, all alone. The girl was never there, it's always the same. I'm running towards nothing, again and again and again ». Par-delà son romantisme évident, l’évocation de la femme qui n’est jamais venue au rendez-vous révèle un désarroi existentiel plus général, ne laissant d’autre choix que d’aller au bout du voyage, au cœur de la forêt crépusculaire, que l’on imagine pleine de branches mortes, sous un ciel sombre d’automne ou d’hiver. Pareils aux personnages d’une histoire surnaturelle, étrangers à eux-mêmes, qui en viennent à percevoir comme fantomatique leur propre présence au monde, The Cure restera dans cette forêt un moment encore. La trilogie ne fait que commencer.

D. H. T.

2017-09-28 17:22:20