1989. Voilà 7 ans que
The Cure s'était vu renaître après s'être consumé dans le terrible
Pornography. 7 longues années au cours desquelles, le groupe a alterné le passable, le bon et le mauvais, tout en voyant néanmoins sa côte de popularité grandir dans le monde entier. Mais qu'attendre alors de ce
Disintegration qui débarque en cette fin de décennie?
Après un
Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, très pop et en demi teinte, le groupe revient à la mélancolie qui habitait les albums de sa fameuse "Trilogie" parue au début des années 80. Sans toutefois s'enfoncer dans la noirceur de
Pornography ou le brouillard glacial de
Faith,
Disintegration est un album sombre. Le groupe réussit à marrier à la perfection la tristesse de ses débuts et l'esthétique pop qui l'a fait exploser sur la scène internationale.
On y retrouve des morceaux à la structure relativement simple voire répétitive, mais d'une sophistication extrême dans le travail mélodique. D'innombrables couches de guitares réverbérées, saturées ou cristallines se superposent pour donner à chaque morceau une ambiance, surréaliste et intemporelle. A l'image de Robert Smith sur la pochette, perdu dans un brouillard de sombres fleurs, l'auditeur se perd et se trouve absorbé tout entier par les atmosphères, tantôt angoissantes, tantôt tristes de cette rêverie artificielle.
Et que dire de la performance de Robert Smith, absolument fabuleuse. Habité par ses textes, l'anti-leader charismatique se cache derrière les nappes atmosphériques, noyé dans un éternel echo (Plainsong), sussure des paroles inquiétantes (
Lullaby) ou pousse des cris étouffés (
Disintegration).
Si quelques titres se détachent, en particulier les singles, Lovesong jolie ballade pop très inspirée et
Lullaby morceaux plus sombre aux mélodies cristallines mais aux paroles inquiétantes, l'album bénéficie d'une grande homogénéité qui immerge totalement l'auditeur. L'immersion est renforcée par des morceaux dont la longueur dépasse parfois la limite du raisonnable (le désespéré The Same Deep Water as You et ses presque 10 minutes) mais jamais ennuyeux. Robert Smith et sa bande nous entraînent, pendant plus de 70 minutes dans une spirale colorée où s'entremêlent interrogations et angoisses, rêves et démons, amour et chagrin.
Et lorsque résonnent les notes d'accordéon de Untitled, l'auditeur sait qu'il vient de vivre une expérience unique, il ressort la tête de l'eau et assiste, impuissant mais conquis à un crépuscule morose comme s'il savait.... comme s'il savait que
The Cure venait de clôre ce qui restera comme son dernier chef d'oeuvre.