Deux ans après le succès planétaire de
Nevermind,
Nirvana revient avec son troisième album (si l'on excepte la compilation
Incesticide sortie entre deux) sobrement intitulé
In Utero. Si
Nevermind avait été l'album du succès et de la reconnaissance,
In Utero est très clairement celui de la révolte, contre un monde qui ne les comprend pas, contre cette industrie musicale qui cherche à les formater et contre un public qui les a adoubés trop vite...
Cet album transpire donc la révolte et le malaise. L'histoire qui entoure le titre initial de cet album est bien représentative de cet état d'esprit dans lequel se trouvait Cobain lors de l'enregistrement. Kurt Cobain souhaitait en effet intituler son album I Hate Myself and I Want to Die mais s'est heurté au refus catégorique de Geffen et a lors rebaptisé sobrement ce disque en
In Utero.
Si le titre de l'album a changé, cela n'a pas fait dévier le groupe de son ambition musicale. Ce
In Utero est donc très cru, sale, distordu, voire violent. Il suffit d'écouter les deux premiers morceaux pour s'en rendre compte. Serve the Servants débute l'album avec ses riffs bluesy noyés dans la distortion, la voix de Kurt rocailleuse et tranchante et surtout cette production crue avec ce son de guitare rèche. Scentless Apprentice emboîte le pas pour un morceau d'une violence rarement vue sur un disque grand public, avec un riff lourd et oppressant et des hurlements possédés de Kurt.
Un album déroutant pour les millions de fans qui ont découvert le groupe avec les tubes
Smells Like Teen Spirit et
Come As You Are. Ceux ci se retrouveront toutefois dans les hits
Heart Shaped Box et Rape Me ou dans les ballades
Pennyroyal Tea et All Apologies. Pour le reste cet album est plus violent et surtout plus torturé que
Nevermind. Cobain y expose ses visions vindicatives (Frances Farmer will have her revenge on Seattle) ses sentiments destructeurs (le violent Milk It) ou ses critiques acerbes sur l'industrie du disque (Radio Friendly Unit Shifter). Après un dernier assaut hardcore (Tourette's et ses 1 minutes 33 secondes de fureur pure) le groupe clôt cet album sur le mélancolique All Apologies où s'entremêlent violoncelles et guitares électriques.
Au final cet album est une synthèse parfaite entre la violence de
Bleach et le côté "mélo" de
Nevermind. Le groupe y expose ses peines, ses rancoeurs, sa révolte d'une manière crue, violente mais surtout pleine d'émotion. Ce
In Utero sonne comme le disque de l'intégrité à la fois comme humaine et artistique, comme si Cobain avait voulu montrer qui il était et pousser un dernier grand cri avant de se taire définitivement.