Beck hausse le son.
Beck avait cette volonté d’être constamment au sommet, d’inventer, d’être différent à une époque où le hard fourbissait ses premières armes (Led Zep, pour n’en citer qu’un, semble alors inarrêtable).
Beck ne digérait pas que
Jimmy Page, son alter ego au sein des Yardbirds ait pu lui faire un gosse dans le dos en menant Led Zeppelin sur le devant de la scène avec des titres… de
Beck. Avec ce deuxième album du JBG, après un réussi
Truth, encore ancré dans le blues, de 1968,
Jeff Beck, accompagné de
Rod Stewart au chant, Ron Wood à la basse, Tony Newman à la batterie et de Nick Hopkins aux claviers, va balancer à la face du monde qu’il n’est pas le dernier à produire du lourd, du bon heavy. Il va remettre les pendules à l’heure dans un contexte musical de forte concurrence et clouer le bec à l’ennemi héréditaire. Il va faire encore plus fort, hausser le son. Elles étaient comme ça, vos idoles, que croyez-vous ? Dans la foulée de ce
Beck-Ola, JFG aurait du se produire à Woodstock, mais, une fois encore, le projet tombe à l’eau pour des problèmes d’égo démesuré et de scissions au sein du groupe.
Jeff Beck, le chat noir, aura cette faculté de passer à côté de belles opportunités pour sa carrière. Page, Clapton, non. All Shook Up, Jailhouse Rock, Hangman’s Knee en sont les illustrations qui fixent les premiers pas du hard rock.
Dans les faits,
Beck-Ola est un album musclé et bien équilibré, donnant parfois le sentiment d’être un peu bordélique. Les 7 titres d’une lourdeur incroyable vous en donnent pour votre argent en termes de décibels. La voix de
Rod Stewart n’en finit plus de s’érailler, les riffs de
Beck se font acérés et tueurs, la batterie de Newman martèle comme jamais, la basse de Ron Wood (qui était un super bassiste, meilleur qu’il n’est guitariste) se promène subtilement dans cette déferlante sonore, tandis que le grand Hopkins impose son piano, un peu léger dans ce contexte, le temps d’un répit (Girl from Mill Valley). Cet album s’achève comme il commence, dans une explosion musicale malsaine et destructrice par un instrumental de plus de 7 minutes (Rice Pudding). Dans son empressement à régler les comptes avec Page, il en arrive même à massacrer (sans altérer) les deux versions empruntées au King (All Shook Up et Jailhouse Rock). Irrespectueux sur le coup, aveuglé par la rivalité, sa haine a finalement servi les destinées du rock. C’est littéralement décoiffant. C’est fait tête baissée, en serrant les dents pour ne pas montrer qu’on pleure, avec une grosse boule qui fait mal, là , à l’intérieur…Belle revanche, Mr
Beck ! Belle revanche.